Histoire des parfums Rigaud

Jean-Baptiste-François Rigaud, grand parfumeur français du 19ème siècle

Après des études de chimie dans sa province natale à Riom en Auvergne, Jean-Baptiste monte à Paris en 1852 pour collaborer avec les Laboratoires Grimault & Cie, célèbres pour leurs produits aromatiques comme le « sirop de Raifort iodé » ou la « cigarette indienne anti-asthmatique ».

Avec passion et guidé par son imagination, il décide de faire ses premiers pas dans l’industrie parisienne et le monde du parfum et de partir à la découverte de nouvelles senteurs inédites originaires de contrées exotiques et réalise très vite l’attirance et l’émotion que ces richesses inexploitées peuvent susciter auprès des grandes dames d’Europe.

Peu à peu, Jean-Baptiste va transformer cette pharmacie générale en une entreprise plus vaste encore.

De retour à Paris, alors que l’aristocratie connaît un véritable engouement pour tout ce qui est anglais, Jean-Baptiste ouvre sa parfumerie rue Vivienne sous le nom de « Parfumerie Victoria » en hommage à la Reine d’Angleterre.

Il offre alors à sa clientèle des extraits aux noms très anglais : « Kiss me quick », « Jockey club », « Bouquet Victoria ».
Il amorce une brillante carrière en lançant des parfums exotiques rares, orientant ainsi son commerce dans une voie inédite.

Il explique lui-même sa démarche en ces termes : « En fondant une maison de parfumerie, j’ai eu une visée plus haute que celle de faire le commerce ordinaire de la parfumerie. (…) J’ai donc pensé qu’introduire une plante aromatique nouvelle, c’était ajuster une nouvelle note à mon clavier et qu’à cette condition seulement, je pouvais créer de nouveaux produits portant en eux le cachet de l’originalité ».

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Un parfumeur de génie, créateur de tendances

Parmi les premières grandes innovations de Jean-Baptiste, il convient de citer l’extrait d’Ylang-Ylang en 1860 surnommé la « Fleur des Fleurs » et le « Roi des Parfums » qui conquiert tous les suffrages du monde élégant de l’époque et classe d’emblée la maison Rigaud comme grande parfumerie parisienne.

Une autre fleur exotique vient s’ajouter au palmarès des créations de Jean-Baptiste, il s’agit de l’extrait de la fleur de Kananga du Japon. Charmé par la mystérieuse légende de cette fleur, Jean-Baptiste en fait une marque à part entière représentée par une japonaise tenant à la main gauche une branche de Kananga.
« Eau de Kananga », créée en 1869, connaît très vite un vif succès à travers toute l’Europe jusqu’aux Etats-Unis d’Amérique.

L’essor international est rapide et Jean-Baptiste ouvre dans le monde entier de nombreux dépôts et agences, notamment à New York en 1868.
Après la guerre, Rigaud ouvre une usine en plein centre de Neuilly-Sur-Seine, rue des Huissiers. Il existe encore actuellement une rue Rigaud à Neuilly à l’emplacement de l’ancienne usine de parfums et en mémoire du député-maire de la Seine qu’il fût.

Aux Etats-Unis, la maison Rigaud signe un important contrat avec la parfumerie « Fougéra » à Brooklyn qui sera la première entreprise à fabriquer des parfums et cosmétiques Rigaud directement aux Etats-Unis.

A l’affût de l’actualité et des tendances de la mode, son inspiration l’incite à créer des parfums évocateurs dédiés aux grands personnages de l’époque. Hommage à la famille impériale avec « Impérial Bouquet », un parfum portrait de l’Empereur Napoléon III, de l’Impératrice Eugénie et du Prince Eugène.

Il saisit l’air du temps et, alors que triomphent les opérettes d’Offenbach, il crée une série de compositions amusantes s’inspirant des chefs d’oeuvre tels que La Vie Parisienne, La Belle Hélène ou encore La Biche au Bois. Il dédie son parfum « Miranda Bouquet » aux actrices et chanteuses du Théâtre Vaudeville et de l’Opéra Comique.

Rigaud, le parfumeur des maisons royales

histoire-rigaud-3Après la chute du Second Empire, le siège de Paris et la guerre franco-allemande de 1870, Jean-Baptiste relance sa maison. Il devient fournisseur officiel de Sa Majesté la Reine des Pays Bas, puis de la maison royale de Grèce, et enfin parfumeur-distillateur de la Cour Impériale de Russie.

Diversifiant son activité dans la savonnerie et les crèmes dermatologiques, il poursuit son expansion avec l’acquisition de deux maisons de parfumerie bien connues de la grande bourgeoisie parisienne : la Parfumerie du Dr Cazenave et la parfumerie Naquet très courtisée pour sa production exclusive d’huile de Macassar.

Toute la bourgeoisie européenne en visite à Paris se presse pour découvrir les merveilles et curiosités présentées dans la magnifique parfumerie de luxe de la rue Vivienne.
Voici ce qu’écrivait une correspondante de presse américaine de l’époque : « On a beaucoup admiré leur vitrine artistiquement aménagée, le Kananga du Japon et les parfums les plus odoriférants, dans les flacons en cristal gravé et écrins aux formes élégantes du goût le plus pur… ».

Elu successivement Conseiller général du canton de Neuilly-Sur-Seine puis député de la Seine, Jean-Baptiste meurt en 1898 laissant à sa veuve une entreprise en pleine santé.

Du Faubourg Saint-Honoré à la rue de la Paix

C’est en 1899, sous la raison sociale « Veuve Rigaud » que son épouse décide de continuer l’œuvre de Jean-Baptiste. Elle apporte un nouveau style, féminin et moderne, à son salon de parfums de luxe ouvert en 1902 rue du Faubourg St Honoré. Ce salon laqué de rose et blanc est admirablement décoré de miroirs et de mobilier Louis XVI. Des meubles en acajou présentent des flacons originaux et leurs étuis gracieux, dont des doigts de fées nouent un à un les précieux rubans.

histoire-rigaud-4Son fils Henri Rigaud rejoint la société et profite des progrès de la chimie pour créer dans la lignée des maîtres parfumeurs de nouveaux parfums à succès.

Avec son nouveau parfum Camia en 1906, Henri Rigaud se hisse d’emblée parmi les grands parfumeurs de l’élite. Luxueusement présenté dans un étui de satin de style Empire, ce parfum ne tarde pas à recueillir les plus flatteuses appréciations dont celles de sa majesté la Reine d’Angleterre.

La rue de la Paix était déjà en 1910 le rendez-vous de toutes les élégances, le centre du commerce de luxe et le reflet du goût parisien. Rigaud y ouvre une boutique de style Empire, dont la devanture en marbre blanc met en valeur d’artistiques flacons de cristal et de luxueux écrins.

La maison Rigaud parfume alors les plus grandes célébrités féminines de l’époque, comédiennes, journalistes. Les parfums empruntent souvent les noms de célébrités de la Belle Epoque ou leur rendent hommage. La cantatrice Mary Garden très en vogue aux Etats-Unis, donne son nom au parfum éponyme « Mary Garden ».

Rigaud lance aussi « Vincitor », un parfum immédiatement adopté par les grands sportifs de l’époque en hommage à l’aviateur Louis Blériot qui vient de franchir la Manche.

« Un Air Embaumé », l’immense succès d’Henri Rigaud

En 1914, Henri Rigaud devenu seul propriétaire de la maison – dont la raison sociale devient simplement « Rigaud » – lance pour l’occasion le célèbre parfum « Un Air Embaumé ». Parfum subtil d’une finesse et d’une distinction remarquables, délicat et persistant, il connaît un succès fulgurant, puisque 30 ans après sa création, ses adeptes lui restent fidèles.

Pour illustrer la publicité, le photographe Mady’s fait poser Mlle Fabrice dévotement agenouillée devant un flacon, et crée une image particulièrement évocatrice de la sensation voluptueuse suscitée par les effluves de ce délicieux parfum.

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histoire-rigaud-6« Un Air Embaumé » a même inspiré les poètes, et Elie Brachet a composé : « (…)
Dans Un Air Embaumé qui grise,
Les jours coulent si tendrement
Qu’on croit entendre dans la brise
L’amour chanter pieusement. »
histoire-rigaud-7D’autres belles créations nourrissent la renommée de la maison : « Chypre de Rigaud », « Un rêve », « Parfum tendre » ou encore « Vers la Joie ».

En 1925, à la mort d’Henri Rigaud, la maison est reprise par Gustave Delage, tuteur des enfants d’Henri. Les succès continuent de voir le jour, notamment le parfum « Féerie » qui inspire au peintre Jean-Gabriel Domergue en 1938 un tableau désormais célèbre, représentant une femme nue au milieu d’une féerie de fleurs.

La seconde guerre mondiale interrompt la recherche de nouvelles molécules et ralentit le développement commercial. La maison parvient néanmoins à ouvrir une autre boutique rue François Ier en 1940.

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Rigaud invente la bougie parfumée

Après-guerre, c’est Mario, le fils d’Henri Rigaud et petit-fils de Jean- Baptiste, qui reprend la société. En 1957, il crée le parfum « Eve Rêve » que Louise de Vilmorin qualifiera de « Parfum du Paradis ». Dans les années 60, son épouse Viviane transforme la boutique en véritable salon privé tel un boudoir où elle reçoit les grandes dames. Passionnée par l’univers de la maison et la décoration, avec un goût très sûr, Viviane Rigaud est aussi une innovatrice ; c’est elle, avec son mari, qui crée la première bougie parfumée.

Mario Rigaud développe une formule de cire innovante et dépose un brevet. Il s’agit d’une formule originale de cire molle dont la caractéristique principale est de révéler à la perfection la richesse des extraits naturels qui composent les parfums Rigaud.

C’est ainsi que la bougie Cyprès est née, de couleur vert foncé, présentée dans un verre soufflé à la bouche, noué d’un ruban rouge et chapeauté d’une coupelle en métal argenté. On est alors dans les années 60 et la bougie Cyprès de Rigaud va connaître un succès international. Les effluves de la bougie Rigaud deviennent très vite le must des appartements chics, jusqu’à la Maison Blanche au temps de Jacqueline Kennedy.

Dès lors, une nouvelle activité se développe, celle des parfums d’ambiance à travers laquelle l’ambition de la maison Rigaud est de jouer de toutes les richesses de l’orgue du maître parfumeur pour créer des compositions subtiles et raffinées et offrir des articles de luxe. Dès les années 70, d’autres belles créations – Cythère, Tournesol, Gardénia – viennent décorer les intérieurs chics du monde entier et sont également déclinées en vaporisateurs d’ambiance. La fameuse bougie Rigaud fait la une de tous les magazines de décoration de l’époque.

Luxe et élégance, Rigaud parfumeur d’ambiance

Au tournant du 21ème siècle le marché de la parfumerie corporelle tend à se banaliser et les parfumeurs voient leur créativité bridée par les contraintes marketing. La maison Rigaud quant à elle laisse libre cours à l’imagination du parfumeur. Elle s’ingénie à perpétuer la tradition de la grande parfumerie française et révèle de belles compositions audacieuses et originales, aux noms évocateurs : Bois Précieux et Jardin d’Orient – hommage à la belle parfumerie d’antan.

La maison Rigaud continue d’innover en lançant une collection de diffuseurs naturels de parfum d’ambiance pour explorer de nouvelles façons de parfumer la maison, en permanence, avec douceur et légèreté.

La réputation des bougies Rigaud a traversé les frontières et Rigaud est diffusé dans plus de 30 pays dans le monde et dans les grandes capitales des cinq continents.

Image même de l’élégance et du raffinement à la française, les bougies parfumées et les parfums d’ambiance Rigaud sont ainsi présents sur la 5ème avenue à New York, chez Bergdorf Goodman, à San Francisco, chez Gumps, parmi les grandes marques de parfums de luxe.

Les parfums embaument également les demeures des grandes familles internationales, les cours royales, les grands ministères, les palaces et le salon des personnalités du show-biz, tels que le Roi d’Espagne Juan Carlos I, le Prince Albert de Monaco, le Prince Charles d’Angleterre, le Vatican, le ministère de la Défense, le Quai d’Orsay, l’Hôtel de Matignon, l’Hôtel du Palais à Biarritz, le Normandy Barrière et le Royal Barrière à Deauville, l’hôtel Le Diana à Carnac, Monsieur Le Président Nicolas Sarkozy, Madame Carla Bruni-Sarkozy, la Princesse Lee Radziwill, Mme Sylvie Vartan, M. Julien Clerc, M. Laurent Voulzy, M. Patrick de Carolis, Mme Inès de la Fressange et Mme Donatella Versace.

La maison Rigaud s’attache ainsi à rester fidèle à l’esprit de son créateur qui exprimait lui-même sa vocation avec ces mots inspirés :
« Un grand parfumeur doit être un vieux spécialiste. Il n’est pas seulement celui qui réussit à créer un bon parfum, mais encore celui qui arrive à transformer en parfum quelques-unes des manifestations les plus poétiques de la vie. » — Jean-Baptiste.

La famille Rigaud est toujours restée propriétaire de sa marque et, depuis l’année 2011, c’est la fille de Mario Rigaud qui en est la Présidente.